Le 6 février 1934

Émeute antiparlementaire à Paris

Extrait "L"Heure du Peuple" n° 1558 du 02/02/18

Montée du chômage, scandales politico-financiers, défiance envers le pouvoir, au début des années 1930 la République française est confrontée à de multiples difficultés. Une aubaine pour les ligues d'extrême droite qui souhaitent mettre à bas le régime parlementaire. En janvier 1 934, la mort suspecte de l'escroc Alexandre Stavisky et les révélations autour de ses liens avec des hommes politiques et des juges français déclenchent une vague d'indignation. Le président du Conseil/ Camille Chautemps, est contraint de démissionner.

Tout juste nommé, son successeur Edouard Daladier décide de révoquer le préfet de police de Paris, Jean Chiappe. Il le suspecte en effet d'avoir joué un jeu trouble dans cette affaire et ses liens avec l'extrême droite irritent de plus en plus la gauche. La réaction des ligues ne se fait pas attendre. Des organisations comme l'Action française (monarchiste) ou les Croix de feu (nationaliste) mobilisent leurs partisans. Les récents scandales sont instrumentalisés par ces groupes afin d'alimenter l'antiparlementarisme, mais aussi l'antisémitisme ou la xénophobie (Stavisky était un juif russe naturalisé français).

Plusieurs rassemblements sont organisés dans Paris le 4 février 1934. Les ligues représentent l'essentiel des forces en présence. Près de 30 000 personnes défilent dans les rues de la capitale scandant des slogans sans équivoque comme «A bas les voleurs » ou « Dehors les métèques ». En fin de journée, lorsque les différents cortèges se dispersent, des manifestants parmi les plus fanatisés et souvent armés, décident de prendre la direction de la Chambre des députés. De violents heurts vont alors les opposer à des forces de l'ordre très vite dépassées. Ils se poursuivront toute la nuit. Le lendemain, le bilan est particulièrement lourd. 14 émeutiers et 1 policier ont trouvé la mort et plus de 2000 blessés sont à déplorer.

Bien qu'officiellement investi/ Edouard Daladier démissionne. Face au choc laissé par cette nuit d'émeute antiparlementaire, les forces de gauche décident de riposter. La CGT lance un appel à la grève générale pour le 12 février. La SFIO et le PC se joignent aux rassemblements qui ont lieu partout en France sous le signe de l'unité face à la menace fasciste. Il s'agit là en quelque sorte de l'acte de naissance du Front populaire. Concernant les ligues, il faudra attendre 1936 pour qu'une loi permette leur dissolution.

Matthieu Lépine

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