Le 20 avril 1789

L e 20 avril 1789 s’ouvre à Arras |'assemmblée des trois ordres de la province d'Artois, dernière étape dans la désignation des députés et la rédaction des cahiers de Doléances avant la réunion des États Généraux à Versailles. Le long processus de convocation a permis la politisation du peuple. Mais il a trop souvent, du fait de la succession des assemblées préalables, écarté la parole populaire et ses représentants les moins aisés. À Arras, ce 20 avril 1789, les notables de la province d'Artois s'apprêtent donc à rédiger |'ultime cahier de doléance, retenant essentiellement les revendications libérales de la bourgeoisie patriote, en attendant de désigner en leur sein les représentants qui partiront pour Versailles.


Un simple savetier tente de prendre la parole. L'un des échevins de la ville le coupe sans ménagement. C’était sans compter l'intervention d’un jeune avocat de 31 ans qui mouche alors le magistrat en lui rappelant que sa dignité n’avait rien à envier à celle de l’homme du peuple, bien au contraire. Ce frondeur connait bien les savetiers, corporation pauvre et mineure à qui il a offert sa plume pour la rédaction de leurs doléances, quand ses collègues avaient plus souvent proposé leurs services aux classes supérieures. Et l'homme de continuer. ll défend le maintien des revendications populaires dans la rédaction finale du cahier. Il se bat, en vain cette fois, pour que les travailleurs qui ont participé aux assemblées préparatoires soient indemnisés des journées de labeur perdues. Et quand le clergé et la noblesse font savoir à |’assemblée qu'ils ont accepté de renoncer à quelques uns de leurs privilèges, il est le seul à refuser que le Tiers vote des remerciements. Ce n'est, dit-il, que chose due, juste renoncement à d'injustes prérogatives.


Ces interventions lui permettent d’être porté par les suffrages dans la délégation du Tiers qui siègera aux Etats Généraux. Cet homme qui entre en politique en défendant la dignité, l'égalité et les droits de |'homme vous l'aurez sans doute reconnu : c’est Maximilien Robespierre.


Mathilde Larrère (extrait "A Gauche n° 1388 )

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Date de dernière mise à jour : 18/04/2014