3 novembre 1793

Extrait de " L'eure du Peuple" n° 1593 du 02/11/2018

Olympe de gougesLe 3 novembre 1793, Olympe de Gouges paye ses sympathies pour le mouvement conservateur Girondin et monte à l’échafaud, presque immédiatement suivie par ses amis le duc d’Orléans, la salonnarde Manon Roland de la Platière et l’ex-président de l’Assemblée nationale et maire de Paris Jean Sylvain Bailly. Née dans un milieu bourgeois 45 ans plus tôt, amie des puissants, adversaire politique de Jean-Paul Marat (qu’elle moque ainsi : « cet avorton ») et de Maximilien Robespierre, elle est surtout connue aujourd’hui pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Publié en 1791, ce texte ne conduisit pas immédiatement à l’émergence d’un droit de suffrage féminin ; non plus qu’il n’entraînera par lui-même un droit des femmes à être représentée. Il jouera cependant d’abord un rôle de phare, attirant l’attention sur un groupe social, « les femmes » (« le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles » selon Olympe de Gouges), alors que leur participation aux événements révolutionnaires, au même titre que celle des classes populaires, est fréquemment ignorée ou occultée.

Les femmes ont pourtant été très présentes lors de la Grande Révolution, comme elles le seront au cours des mouvements républicains ultérieurs. Souvent à l’origine des émeutes frumentaires qui se multiplient à compter de 1788, elles affrontent notamment la mitraille le 14 juillet 1789, le 10 août 1792 et lors des combats vendéens. Présentes et parfois écoutées dans les enceintes publiques, y compris à l’Assemblée nationale, elles alimentent le débat public via les clubs féminins, au premier rang desquels la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires de Claire Lacombe et Pauline Léon. Elles signent des pétitions. Certaines tomberont lors de la fusillade du Champ de Mars le 17 juillet 1791. Dans la haute société, comme sous l’Ancien régime, elles animent des Salons, tantôt au service de la contre-révolution et de l’Eglise, tantôt pour porter le combat républicain et social, à l’image de la journaliste Louise de Kéralio.

La renommée et le destin d’Olympe de Gouges, née Marie Gouze, est une invitation à approfondir la connaissance du parcours de ces femmes qui ont participé au combat républicain. Et à rendre hommage à la tricoteuse inconnue qui, plus encore qu’Olympe de Gouges, mérite que l’on s’en souvienne.

Arno Lafaye-Moses

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Date de dernière mise à jour : 04/11/2018