29/10/1945 Création ADP

Extrait "L'heure du Peuple" n° 1627 du 23/08/2019

Dans l'immédiat après-guerre, la reconstruction du pays s'organise sous la direction de l’État, orientée par le Conseil National de la Résistance : une série de nationalisations permet de relancer l'économie et contrôler les secteurs les plus stratégiques. Avant de donner son nom au plus grand aéroport français, C. De Gaulle signe, en tant que chef du Gouvernement Provisoire de la République Française, l’ordonnance portant création de l'aéroport de Paris.

Région capitale et centralisatrice (on dira bientôt «hub»), porte du pays sur le monde, sa gouvernance est définie par décret en 1947: cet établissement public a une mission d'intérêt général. A ce titre il lui est possible de préempter les terrains nécessaires à sa croissance.

Et les agrandissements vont bon train! Le premier aéroport du Bourget, relevé des ruines de la guerre en un an, voit Air France, née sur son tarmac, s'envoler pour Paris-Orly en 1952. Le rôle de chaque aéroport se dessine, puis rapidement sature. Orly accueille plus de visiteurs que le château de Versailles (3,4 millions), sa terrasse attire les flâneurs et les vedettes du music-hall.

En 1974, treize ans après Orly, est inauguré l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. A l'heure du Concorde, le RER relie enfin les plateformes de décollage au centre de Paris. Cependant les banlieusards et ceux «qui ne peuvent prendre l'avion tous les jours», comme le déplorera F. Mitterrand, regardent passer les rames...

Son architecte, lui, voit le CDG1 comme l'"éloge du voyage et de l'envol", dessiné sur la base d'un cercle, comme la Maison de la Radio, avec des escalators faisant monter les voyageurs vers le ciel et leur avion, comme à Beaubourg, ces autres grands bâtiments des années 60-70.

En 1982 le président socialiste fait le déplacement pour le deuxième aérogare, alors que les terminaux se multiplient au gré du nombre de passagers: la barre de 40 millions est passée à l'orée des années 90. Le trafic va encore doubler la décennie suivante.

Renommée Aéroports de Paris, puis scindée en deux marques, Paris Aéroport et Groupe ADP, l'entreprise a fortement diversifié ses activités. En 2005 elle est devenue une Société Anonyme dont le capital est introduit en bourse. Le changement de statut ne change pas sa mission publique, mais le Conseil constitutionnel exige des garanties. Premier propriétaire foncier d'Ile de France, ADP bénéficie d'un statut dérogatoire…pour aménager terre et ciel au service de la nation. Des idéaux qui pourraient s'envoler ? Un comble alors que l’enjeu climatique exigerait au contraire de repenser l’ensemble des modes de transports sous le prisme de la planification écologique et de la délibération citoyenne.

Bérénice Hemmer

Date de dernière mise à jour : 25/08/2019