22 janvier 1923

Extrait "L'Heure du Peuple" n° 1601 du 18-01-2019

Le 29 mars 1919, l’acquittement de l’assassin de Jaurès, Raoul Vilain, provoque colère et indignation. La jeune Germaine Berton, alors âgée de 16 ans, est profondément marquée par ce verdict. Elle se souvient de son enfance, des meetings du tribun socialiste et pacifiste auxquels elle eut la chance d’assister aux côtés de son père. Cet événement renforce son antimilitarisme et joue assurément un rôle dans sa volonté, quelques années plus tard, de venger le Tarnais.

Nous sommes en 1923, Germaine Berton devenue ouvrière fréquente les milieux anarchistes et prône la lutte révolutionnaire. Elle conserve une profonde rancœur contre l’Action française, ligue d’extrême-droite royaliste et nationaliste qu’elle juge responsable de l’assassinat de Jaurès.

L’un des principaux leaders de l’organisation, Léon Daudet, affirmait par exemple en juillet 1914 : « Nous ne voudrions déterminer personne à l'assassinat politique, mais que M. Jaurès soit pris de tremblement ». C’est justement lui, qu’elle souhaite assassiner le 22 janvier 1923, avant d’envisager de s’en prendre à Charles Maurras. Elle se présente finalement au local de l’Action française à Paris où elle est reçue par Marius Plateau, le leader des Camelots du roi, service d’ordre ultra-violent de la ligue d’extrême droite. A la fin de l’entretien, elle sort une arme à feu et l’abat de sang froid dans son bureau avant de retourner l’arme contre elle. Finalement indemne, elle affirme durant son interrogatoire avoir agi seule et « revendique la pleine responsabilité » de son acte. Elle est alors emprisonnée jusqu’au 18 décembre, date d’ouverture de son procès.

Germaine Berton présente son geste comme un acte politique visant l’Action française qu’elle juge comme « le plus dangereux ennemi du prolétariat ». Elle déclare face à Charles Maurras « j’aurais voulu vous tuer à la place de Marius Plateau ! ». Léon Blum ou Marcel Cachin témoignent à la barre et demandent son acquittement. Lors de sa plaidoirie, son avocat Maître Henry Torrès lance aux jurés : « Vous devez l’acquitter comme vous avez acquitté Vilain (…). Un terrible compte est ouvert depuis la mort de Jaurès. Vous devez acquitter sinon ce serait dire que, des deux corps couchés, celui de Plateau était le plus grand ». Ses mots font mouche, puisque le 24 décembre, la Cour d’assises de Paris acquitte Germaine Berton.

Matthieu Lépine

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Date de dernière mise à jour : 19/01/2019