13 mai 1791

Robespierre et l'abolition de l'esclavage

0n l'oublie trop souvent: plusieurs communes rurales, dont Champagney en Franche-Comté, avait dès mars 1789, dans ses cahiers de doléances, demandé l’abolition de l’esclavage.

Au début des années 1790, la Révolution jette à bas le pouvoir absolu, nationalise les biens du clergé, invente la Nation et abolit les privilèges. Et surtout elle écrit la Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen. Mais le travail est loin d'être achevé.

Dans les colonies, des hommes maintiennent en servitude d'autres hommes. Dont le crime tient en trois mots : ils sont noirs...

Et en mars 1790, la Constituante, obéissant aux pressions des colons et des villes portuaires, adopte la pérennité de l‘esclavage. Décision prise presque sans débat. Pourtant, une poignée de députés s’élève contre cette aberration, présageant une grave riposte à la négation des principes fondateurs de la Révolution. Et de fait, la guerre civile éclate en juin 1790 en Martinique et à Saint-Domingue.

Au mois de mai suivant, ces insolents parmi lesquels Robespierre mais aussi, on ne s'en étonnera pas, l'Abbé Grégoire et Condorcet tous membres de la Société des amis des Noirs vont s'épuiser contre un texte qui « s'il était adopté, ôterait à l’assemblée sa popularité et son titre de protectrice des droits de l’humanité ».

Le 12 mai, Maximilien monte à la tribune pour réclamer au moins l'égalité civile pour tous les hommes quelle que soit leur couleur. Il se heurte à Barnave, qui prédit la perte des colonies si l'Assemblée décide de suivre cette utopie.

Longues sont les discussions. On argumente, on bataille. Faut-il parler des « Noirs non-libres » ? Ou plutôt d'esclaves ? Robespierre et ses amis refusent absolument de déshonorer l’Assemblée en employant ce mot honni. Les Droits de l'Homme ne peuvent se contenter d'une géométrie variable en fonction de la couleur de la peau.

Le 13 mai, il lance à l'Assemblée une phrase que l'Histoire retiendra entre toutes : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! Périssent les colonies, s'il doit vous en coûter votre bonheur votre gloire, votre liberté. »

C’est pourtant en vain qu'il aura plaidé.

Le 15 mai 1791, c'est bien le décret défendu par Barnave qui est adopté. Robespierre monte une dernière fois à la tribu ne pour défendre le principe des droits des hommes dans son entier, sans consentir aucun amendement.

La honte rougira le fronton de l'Assemblée.Jusqu'en février 1794 ou enfin est votée l'abolition. Tout aussi vite remise en cause par un certain Bonaparte.Avant qu'en avril 1848, et définitive-

ment cette fois, soit mis fin à l'abjection que constitue l’asservissement d'humains par d'autres humains. Donnant raison à Champagney, après 59 années de lutte humaniste.

Brigitte Blang

Nota : A Massy, l’association «ARCHE », chaque année commémore la fin de l’esclavage et la mort de Toussaint-Louverture devant sa statue de bronze, place Schœlcher (centre ville près du clocher).

 

 

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Date de dernière mise à jour : 16/05/2018