Place au Peuple

PLACE AU PEUPLE

 « L’utopie d’aujourd’hui est la vérité de demain » Victor Hugo

Oui, Peuple, il est grand temps que tu rentres en scène
Puisque c’est en ton nom qu’on prétend gouverner,
Quand on ne cesse pas en fait de te berner
Trichant ton espérance, aveugle à ta géhenne.
 
Ton vote , seul pouvoir qu’on te concède encore,
Censé te définir en tant que citoyen
Sauf que, dans la cité, hors de lui tu n’es rien,
Qu’il se heurte aux Puissants, et leur morgue l’ignore !
 
On t’espère oublieux d’une étymologie
Qui t’assigne ton rôle et ta vocation,
Dont la Grèce jadis orna son Panthéon ;
A toi d’en restaurer à présent le génie.
 
A toi de t’emparer de tes prérogatives
Que l’Ordre dominant t’empêche d’exercer,
En refusant de te le laisser confisquer
Par une fausse Gauche aux honteuses dérives.
 
Place au Peuple partout ! Au sein de l’Entreprise ,
Nouvelle Idole des oligarques régnants ;
De l’Université qu’on livre à leurs mandants ;
De l’hôpital où la santé se marchandise.
 
Du système bancaire où la Finance trône,
Donnant au Capital un blanc-seing meurtrier,
Et livrant la Planète au Profit négrier
Ce tueur à distance à la façon d’un drone.
 
Oui, place au Peuple quand on voit la République
Se dégrader en de sinistres factions
Livrant la rue à de haineuses processions,
Sur son drapeau crachant un verbe fanatique.
 
Quand cette République ose la traque infâme,
Sous la houlette d’un ministre inquiétant
Dont l’aïeul avait fui le franquisme pourtant,
Du Rom , qu’en lieu du Juif , désormais l’on diffame.
 
Quand cette République, à force d’imposture,
Te désoriente au point d’offrir le traquenard
A tes colères n’ayant droit à son regard,
D’une xénophobie qu’on leur jette en pâture.
 
Quand on châtie en toi jusqu’au syndicaliste
Dont le juste combat est criminalisé,
Pour peu qu’à bout de souffle il ait parfois osé
D’un Nanti bousculer le coffre-fort autiste.
 
Quand pour te détourner de la lutte des classes,
Que ces beaux messieurs-là se targuent de gagner,
Leurs plumitifs feignant de les en dédouaner,
On remet à l’honneur le fantasme des races.
 
Peuple, rappelle-toi que tu pris la Bastille,
Que tu fis la Commune et chassas l’Occupant,
Que l’on te doit Hugo , Jaurès et Manouchian,
Et que c’est d’un Rousseau que ton image brille.
 
Et que dans le Maquis tu préparais la France
Des droits, dont le Medef te voudrait dépouiller,
Issus , Paris ne s’étant plus agenouillé,
Du Conseil national de cette Résistance.
 
Peuple, ne souffre pas que l’on te prenne en faute
De te laisser aller à des renoncements
Dont de nouveaux Doriot guettent les errements ;
Retrouve, il en est temps, ton goût de marée haute !

 Yves Letourneur

Ier mars 2014

 

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Date de dernière mise à jour : 14/03/2014