Vidéo-surveillance pourquoi nous sommes contre !

Ville sous surveillance

Document édité par "A Gauche" N° 1383 du 14 mars 2014

L‘échec du gouvernement et la peur du châtiment par les urnes conduit beaucoup de listes gouvernementales à axer leurs campagnes municipales sur la sécurité plutôt que sur les questions sociales et à célébrer la meilleure réponse supposée à ce problème : la vidéosurveillance.

Rebaptisé « vidéo protection » par le lobby politico—sécuritaire, ce dispositif est au diapason des intérêts de |‘oligarchie et des grands groupes positionnés sur ce juteux marché (Véolia et Vinci notamment). Elle appelle pourtant une réflexion désintéressée et dépassionnée : la vidéosurveillance est—elle comme le disent ses partisans une technique efficace pour la prévention de la délinquance et pour sa répression ?

 

La vidéosurveillance préviendrait la délinquance

 La vidéosurveillance peut avoir une efficacité relative. C'est le cas par exemple en milieu fermé (entrepôts commerciaux, réseaux de transports en communs type métro, agences bancaires, etc.) ou pour certains cas de milieux ouverts tels que la surveillance des grands axes en matière de délinquance routière. Encore que dans ces cas précis, l'apport de la vidéo est davantage probatoire que préventif : l'enregistrement de l'infraction commise (donc non évitée) peut aider les enquêteurs dans l'identification des auteurs et leur recherche ou comme élément à charge dans la procédure.

On approche ici des limites de la vidéosurveillance en milieu ouvert et sa généralisation dans |'espace public qui serait de nature à lutter contre la délinquance selon ses partisans. C’est le retour d’un vieux fantasme : la surveillance généralisée dissuaderait le crime. Hélas une caméra n'a jamais rien empêché. Au mieux, elle conduit à déplacer géographiquement la délinquance de voie publique vers les zones non « filmées » (espaces publics non couverts, caméras cassés et surtout domiciles privés),ou à assurer l'impunité des actes de délinquance qui y échappent par définition (corruption, fraude fiscale ou encore d'abus de biens sociaux...). Plus sûrement encore, elle ne fait qu'escamoter la question centrale : la diminution des moyens humains du ministère de l‘Intérieur.

 

12000 postes de policiers et gendarmes ont été supprimés sur la mandature 2007-2012, consacrant un retour des effectifs au niveau de 2002, que la poursuite de la RGPP (rebaptisée Modernisation de l'Action Publique) ne va pas arranger. Ainsi, quel intérêt de développer la surveillance vidéo de la voie publique s‘il y a de moins en moins de fonctionnaires disponibles sur le terrain pour intervenir et protéger les citoyens d‘une agression observée sur un écran (1 à 2% seulement des infractions de voie publique commises annuellement sont détectées par ce biais (1) et retrouver le ou les auteurs ? Sans compter le nombre d‘opérateurs nécessaires à la surveillance des écrans (sans qui la réactivité permise par le dispositif s'en trouverait abolie, et avec elle toute efficacité contre la délinquance).

 

Cache sexe de la diminution des effectifs régaliens, que ne parviennent pas à compenser les polices municipales (en dépit du projet des néolibéraux de municipaliser la police comme aux États-Unis), la vidéo a un coût exorbitant que |’État est ravi de transférer aux collectivités locales. L’aide de l’État à l'équipement des communes en caméras représentait en 2010 61% du budget national de prévention de la délinquance (2)! L'exemple de Saint Étienne est édifiant (2) 67 caméras y sont installées pour un coût de 1 300 00O€ par an (incluant la maintenance et la masse salariale des 28 agents affectés à leur exploitation y mais pas les locaux). Résultat ? 254 actes de délinquance observés en une année et 13C interpellations « grâce » aux caméras. Soit moins de 2% des infractions constatées sur le ville pour la même période (3). Le vidéosurveillance coûte en moyenne au contribuable stéphanois 10 000€ par interpellation. On comprend ainsi mieux le silence de ses promoteurs qui n‘ont encore versé au débat aucune statistique sérieuse permettant d'en établir l'efficacité et qui se taisent obstinément sur le coût réel de cette technique. L'essentiel pour eux est autre : que les deniers publics tombent dans l'escarcelle des entreprises de sécurité. Peu importe |'efficacité de l'investissement, la fonction de la vidéosurveillance est idéologique ; la technologie viendrait « rassurer`» la population dont le sentiment d'insécurité s'accroît à mesure que la présence humaine en matière de sécurité diminue.

 

La vidéosurveillance aiderait à la répression.

Chaque policier a en tête un exemple d'une affaire de voie publique résolue avec l'aide de la vidéosurveillance : pour identifier un auteur, connaître le mode opératoire ou établir l‘existence même d'une infraction.

On l'a vu pourtant, le rapport « coût-bénéfices » est disproportionné : mieux vaudrait davantage de fonctionnaires pour effectuer les enquêtes de voisinage, plus instructives, ou simplement pour connaître la délinquance locale, recoupements pour lesquels une caméra est inopérante. En outre, 5% des appareils sont en panne chaque jour (4), et une part non négligeable des engins opérationnels est difficilement exploitable du fait de leur mauvais positionnement, des conditions météo, de la végétation, etc.

 

Les rares publications officielles sur ce sujet confortent le propos. Le rapport du Visual Images, Identifications and Detections Office (un organe de Scotland Yard) du 6 mai 2009 établit que Londres, avec ses 60 000 caméras, n’a élucidé que...3% des vols grâce à ce dispositif, dont 80% des images seraient inexploitables.

 

Qu'à cela ne tienne, les candidats solfériniens et de droite plongent à deux pieds dans électoralisme facile pour répondre à une soi—disant « demande » de la population. Celle-ci est davantage demandeuse d'emploi stable et correctement rémunéré ou de services publics de qualité. Ne les laissons pas dire n’importe quoi sur ce sujet important pour se protéger de la sanction électorale le 23 mars.

Lucien Emile

 

1. Voir Eric Heilmann, Tanguy Le Goff, Laurent Mucchielli « La vidéoprotection, une gabegie » in Laurent Mucchielli « Vous avez dit sécurité ?, Champs social Nîmes, 2012, p. 77

2. Cf François Delapierre, Délinquance : les coupables sont à l'Intérieun éditions Bruno Leprince, septembre 2013, p. 67

3. op. cit. p.66

4. op. cit. p. 65

       Cambrioleurs    

C'est l'augmentation des cambriolages qui focalise aujourd'hui l'attention en matière de délinquance. Il s’agit donc d'actes commis aux domiciles privés pour lesquels la vidéosurveillance serait largement inadaptée. En revanche, mieux vaudrait en finir avec la politique du chiffre qui pousse les commissariats à délaisser ces faits qui nécessitent de longues enquêtes pour cibler les infractions plus rentables. Moins de 10% des cambrioleurs sont identifiés par la police quand c'est le cas de 100% des étrangers en situation irrégulière.                           

Commentaires (1)

1. MashaTheor (site web) 12/12/2017

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Date de dernière mise à jour : 18/04/2014