Leçon d'un 14 juin

La semaine écoulée aura éclairé un peu plus la nature austéritaire de l’actuel pouvoir.

Manuel Valls a endossé ces habits avec un naturel inégalable. On le savait spécialiste des hold-up. Sur un programme clairement de droite, il atteint péniblement 5% aux primaires du PS en 2011. Cinq ans après, il a fait du PS sa chose et il applique son programme à la tête de son gouvernement. Il est cependant plus difficile de commettre un hold up sur le pays que sur un parti au fond consentant. Faute de légitimité, Manuel Valls recourt donc à des méthodes toujours plus autoritaires pour passer en force. Il a commencé par pérenniser l’état d’urgence en l’utilisant bien davantage contre les mobilisations écologiques puis sociales que contre le terrorisme. Non content d’ébrécher ainsi l’état de droit, il a puisé ensuite dans les règles les plus antidémocratiques de la 5ème République pour soumettre l’assemblée nationale à coup de 49.3. Ca ne suffit pas, le peuple résiste ? Les salariés et leurs syndicats établissent un formidable rapport de force en défilant par centaines de milliers dans Paris le 14 juin ? Le voilà désormais qui menace d’interdire les manifestations syndicales. François Hollande opine du chef et Jean-Christophe Cambadélis en assure le service après-vente pour le PS. Que l’on mesure bien le niveau de l’attaque : on n’a jamais vu l’interdiction d’une manifestation syndicale au cours de la 5ème République, même à des périodes socialement bien plus tendues.

Pour oser procéder ainsi encore faut-il préparer l’opinion. Manuel Valls a rappelé depuis mardi qu’il était aussi un spécialiste de la propagande, de la manipulation et des coups tordus. Ce sale boulot a commencé bien avant la manifestation du 14. La cible : la CGT et son secrétaire général Philippe Martinez accusés de prendre la France en « otage » pour reprendre l’un des termes utilisés par les membres du gouvernement. L’idée était de convoquer les vieux réflexes « anti rouge », « anti France » pour occulter la force et la diversité d’un front syndical fort de sept organisations syndicales de salariés et de la jeunesse et trois des cinq confédérations syndicales. Certes le gouvernement n’a pas été aussi loin que Mr Gattaz accusant la CGT de terrorisme mais le terrain était préparé. Depuis mardi, il s’y est donc engouffré. 

Cela a commencé dès mardi soir dans le JT de France 2. Bernard Cazeneuve est invité pour réagir au crime terroriste de Magnanville. Le moment est grave, on attend donc des paroles à la hauteur. Or, à peine vient-il de rendre un hommage légitime aux forces de police qu’il embraye, sans que David Pujadas l’y ait le moins du monde invité, sur les violences en marge des manifestations du 14. Il fait du coup un lien entre l’assassinat odieux des deux policiers et les débordements de ce qu’il appelle « des hordes de manifestants ». Cela ne suffit pas pour entretenir la confusion ? Il évoque les vitres brisées de l’hôpital Necker en précisant que s’y situait « l’enfant du couple de policiers assassiné ». Un fait évidemment ignoré par tous les téléspectateurs comme par les manifestants. Qu’importe le lien implicite est induit…

Une sortie de route ? Nullement. Mercredi matin sur France Inter, Manuel Valls a utilisé quasiment les mêmes mots. Le Premier ministre n’a pas hésité à dire que des manifestants étaient venus pour « tuer » des policiers. Lorsqu’on compte interdire des manifestations syndicales, mieux vaut avoir des arguments. Si des manifestants sont venus pour « tuer » des policiers, comment en effet refuser d’interdire des manifestations de tueurs. C’est gros ? Pas assez ! Valls accuse donc dans la foulée la CGT de complicité. Et bien sûr le Premier ministre évoque à son tour l’hôpital pour enfants Necker qui, cette fois, aurait été carrément « vandalisé ». Et d’aller même le répéter dans la foulée à l’hôpital Necker. Il aurait pu au passage y annoncer le plan de 22 000 suppressions d’emplois prévus dans les hôpitaux publics. Une casse de la santé publique autrement plus importante que les bris évidemment condamnables de quelques vitres.

Mais revenons à cette construction propagandiste. Il la fallait bien pour sortir l’estocade liberticide : la menace d’interdiction de manifester.

Jusqu’où va la manipulation ? Manuel Valls et ses amis ont-il juste fait preuve d’à-propos en sautant sur l’occasion qui leur était offert (soit le caillassage stupide et évidemment condamnable de policiers situés devant les vitres de l’hôpital, épisode complété peu après par un individu au visage recouvert venu fissurer les mêmes vitres avec une masse malgré les protestions de syndicalistes) ? Ou ont-ils été plus loin en « aidant » à la manœuvre ? Puisque le Premier ministre se permet d’accuser la CGT de complicité avec ces « casseurs », on ne se gênera pas pour au moins poser des questions. En voici quelques-unes. Pourquoi la police a reçu l’ordre de laisser se constituer un cortège clairement identifié d’au moins 400 manifestants de noirs vêtus, sans signe politique distinctif, cagoulés et « outillés », 400 mètres devant le cortège officiel ? Pourquoi ensuite quelques policiers ont-ils été « abandonnés » le long des trottoirs, sans aucune utilité que de recevoir les projectiles de ces « casseurs » ? Pourquoi ces mêmes policiers n’ont pas reçu l’ordre de dégager alors qu’ils étaient caillassés pendant 10 mn, dos aux baies vitrées de Necker, et donc impuissants ? Pour offrir, à leur corps défendant, les images qui serviront ensuite pendant 24 h à illustrer les sujets télé sur Necker soi-disant « dévasté » ? Pourquoi enfin la police a-t-elle finalement reçu l‘ordre de charger à contretemps à ce même carrefour Duroc avec un camion à eau au moment même où le cortège syndical arrivait et avançait enfin ? Ce n’est pas la responsabilité de la police que nous pointons ici : depuis le début du mouvement les hommes sur le terrain ne peuvent lever un orteil sans ordre du Ministère. C’est donc le Ministre de l’intérieur qui devrait rendre des comptes sur cette curieuse gestion des manifestations. Car elle n’est pas un cas unique : la CGT Police et même le syndicat Alliance, dans une déclaration le 5 mai dernier, ont déjà posé des questions du même type, les deux se demandant si tout cela n’était pas fait pour discréditer le mouvement social. Les questions sur l’instrumentalisation de la violence et des méthodes de répression par le gouvernement ne viennent donc pas seulement de notre côté.

Cette manipulation a en tous cas permis d’occulter dans les médias la réussite d’une des plus grandes manifestations du mouvement ouvrier de ces dernières décennies. Vraisemblablement le gouvernement en attendait une victoire sans bavure soit la capitulation des syndicats après que M. Martinez ait été reçu vendredi par Mme El Khomri. Le front syndical n’a-t-il pas contre lui l’exécutif, les partis institutionnellement majoritaires, le PS comme la droite, la plupart des médias pour façonner l’opinion ? Et pourtant le peuple ne tombe pas dans le piège : un sondage réalisé après cette manifestation révèle que 64 % des français exigent toujours le retrait de la loi travail, dont 69 % de salariés, 75 % de jeunes. Ce décalage entre les élites libérales et le peuple rappelle le débat et le référendum sur le TCE. Au fond le peuple français n‘est toujours pas soluble dans le libéralisme. Il le subit contraint et forcé mais reste disponible pour y résister dès lors que cette résistance s’organise. C’est une autre des principales leçons de la semaine. Elle est pleine d’espoir.

Alors même que le pays affronte de nouveau des actions et des menaces terroristes cumulées à la gestion compliquée d’un Euro, la raison devrait conduire nos gouvernants à ne pas s’attaquer davantage aux libertés et à accumuler tensions et divisions. Il serait sage de retirer l’origine de bien de ces maux : cette loi travail illégitime. En réitérant aujourd’hui à M. Martinez le refus du gouvernement de toute discussion sérieuse sur l’article 2 de la loi, Mme El Khomri a montré que Hollande et Valls préfèrent obéir aux injonctions de Bruxelles que de calmer le jeu. Mais que l'on ne s’y trompe pas : Hollande, Valls, leur gouvernement, le parti qui les appuie indéfectiblement, sont de plus en plus seuls dans une société qui refuse toujours majoritairement de se soumettre. Cela portera forcément ses fruits à un moment : dans les jours à venir sous la forme d’une défaite de Manuel Valls après une nouvelle poussée sociale ? Lors des élections de 2017 à travers le vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon annoncé par de plus en plus de sondages devant François Hollande mais surtout en progression continue ? De ces deux manières ? L’avenir répondra mais cela viendra assurément. En attendant préparons-nous à manifester une fois encore derrière nos syndicats les 23 et 28 juin prochains, manifestations interdites ou pas.

 

Commentaires (19)

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