Horreurs du nucléaire !

Le musée des Horreurs nucléaires

Entretien avec Yves Marignac, porte-parole de l’Association négaWatt

Pouvez-vous rappeler en quoi consiste l’affaire de l'EPR ?

L'EPR est un « nouveau » réacteur dont le projet est déjà ancien. Il remonte à la fin des années quatre-vingt, et visait au départ à proposer un réacteur plus sûr en réponse à Tchernobyl. L‘EPR de Flamanville, dont la construction a été lancée en 2006, devait être à la fois un moyen pour Areva et EDF de préparer un futur renouvellement du parc nucléaire francais, et la vitrine de leur savoir-faire pour soutenir l'exportation de ce réacteur, que l’industrie projetait par dizaines.

Mais la vitrine est en quelque sorte devenue un musée des horreurs. Cet EPR devait être construit en cinq ans pour un coût de 3,3 milliards d’euros : le chantier dure depuis dix ans et le coût dépasse aujourcl’hui 10 milliards. Plusieurs années de travaux seront encore nécessaires. Et ce réacteur risque de ne jamais démarrer, car un défaut majeur a été découvert en 2015 au fond de sa partie centrale, la cuve, qui ne peut pratiquement plus être remplacée. Le chantier d'0lkiluoto, l'EPR construit par Areva en Finlande, ne va guère mieux. Et |’industrie nucléaire française est en crise, avec des pertes par milliards et des milliers d'emplois menacés à la clé.

 

Au-delà de l'EPR, c'est tout le système nucléaire francais que vous mettez en cause...

La priorité absolue accordée depuis l'origine par |'industrie et par l'Etat au développement de |'EPR, et l’acharnement à poursuivre dans cette voie - avec le projet de construction de deux EPR à Hinkley Point, en Grande-Bretagne, absurde et potentiellement ruineux pour EDF - sont l’héritage d’une politique tout nucléaire » d‘un autre temps. Cette politique, basée sur la promesse d'une indépendance énergétique et d'une électricité sûre, abondante et pas chère, est en crise. Le nucléaire représente 80 % de notre électricité, mais les énergies fossiles massivement importées représentent toujours 70 % de l’ensemble de notre consommation d’énergie - pesant jusqu'à 70 milliards d'euros d’importations par an.

Plus de 9 millions de personnes, souvent chauffées a l'é|ectrique, sont en précarité énergétique. Et les coûts de production nucléaire, que les tarifs ne couvrent plus, s'envolent du fait notamment du vieillissement du parc. Sans parler du risque croissant d'accident associé.

 

Mais peut-on sérieusement envisager de sortir du nucléaire ?

La question n'est plus là. Au contraire, qui peut sérieusement envisager de poursuivre dans cette voie nucléaire ? Il ne s’agit plus de s'opposer sur le caractère inacceptable ou non du risque, mais de constater d'une part que nous n'avons plus les moyens techniques, industriels et financiers d'une telle fuite en avant, et d'autre part que les « alternatives » sont aujourd’hui plus sûres, plus économiques et bien plus réalistes, dans un monde énergétique en pleine transformation.

Depuis plus de dix ans, les travaux de l'Association négaWatt portent sur la démonstration de la faisabilité et de l'opportunité d‘une véritable transition énergétique. Elle repose sur une démarche de bon sens, ou de triple intelligence : sobriété sur les usages de l’énergie, efficacité sur les modes techniques de production et de consommation, priorité aux énergies renouvelables pour les ressources. Le scénario négaWatt, qui développe de manière très détaillée et documentée cette approche pour la rance, montre comment cette transition s'opère. Cette ambition est également nécessaire pour atteindre nos objectifs en matière climatique.

 

Le scénario négaWatt prône la sortie du nucléaire et le passage au 100 % renouvelable. Quelles sont les énergies renouvelables sur lesquelles la France pourrait compter ?

Même si on se focalise toujours sur l'électricité, ce sont d'abord des carburants et des combustibles fossiles qu'il faut remplacer. ll faut donc mobiliser la biomasse, par une exploitation rationnelle de la forêt permettant d’augmenter |'usage du bois énergie, et par la production de biogaz, qui remplace progressivement le gaz naturel fossile, et alimente à terme une partie importante du parc de véhicules. Cependant, la part de l’électricité augmente, et les énergies renouvelables électriques,

éolien et photovoltaïque en tête, jouent un rôle majeur. Ces solutions sont aujourd’hui pertinentes sur le plan économique. Le scénario intègre une modélisation horaire pour vérifier que l’introduction de ces productions variables ne compromet pas la sécurité dapprovisionnement électrique. De nombreux travaux convergent pour montrer que les solutions (complémentarité des sources, stockage, effacement, « power-to-gas », etc.) permettent d'engager résolument notre système électrique dans une perspective 100 % renouvelable.

Le potentiel des énergies renouvelables en France est remarquable, mais il n'est ni mobilisable immédiatement, ni infiniment. Un scénario comme celui de négaWatt permet de fixer des limites réalistes au volontarisme.

 

Vous ne prônez pas seulement une substitution d'une énergie à une autre, mais une véritable révolution des habitudes énergétiques...

C’est un point central : compte tenu de ces limites, il n'y a réellement substitution que si |'on maîtrise notre consommation pour que les énergies renouvelables viennent remplacer les précédentes, et non s'additionner. C’est pourquoi nous montrons d’abord qu’un effort généralisé d'efficacité, notamment par la rénovation thermique des bâtiments, est nécessaire. Mais nous insistons aussi sur cette intelligence des usages qu'est la sobriété.

Il ne s’agit pas seulement de comportements, mais bien d‘organisation collective. On parle par exemple d'une mutualisation de certains équipements, de la fin de l'hyper-consumérisme lié à l’obsolescence programmée des biens, pour réduire les besoins de production tout en relocalisant. ll s'agit aussi de revoir |'aménagement du territoire pour réduire globalement les distances à parcourir entre domicile, travail et services. Ou de manger à terme deux fois moins de viande, pour favoriser d'autres productions agricoles et réduire les émissions de gaz à effet de serre associées a |’éIevage. Mais pourquoi parler de révolution ? Ces changements, qui s’opèrent d'ici à 2050, ne sont pas plus brutaux que ceux que l'on a connu depuis 1980...

 

Mais la France est-elle en mesure d‘assurer une telle transition ?

La transition n'est pas une option : la poursuite des tendances passées n'est pas soutenable. Mais cette transition n'est pas une charge, c'est un investissement pour l‘avenir. Les études montrent qu'elle est à terme bénéfique pour l'économie et créatrice de centaines de milliers d'emplois. D’autres pays, comme l'Allemagne, ont lancé ce mouvement, même si leurs efforts restent parfois contrastés. En France, de nombreux acteurs y croient : des collectivités s'engagent (villes l00 % renouvelables, territoires à énergie positive, etc.), des entreprises innovent, des citoyens participent (financement partagé...).

La France est moins en crise de compétences et de moyens que de projet. La transition énergétique est justement un projet mobilisateur qui peut remobiliser positivement notre société et lui redonner le goût de la réussite. Les ressources naturelles et techniques, les outils réglementaires et fiscaux suivront des lors qu’ils seront mobilisés de façon juste et efficace dans cette perspective commune.

Propos recueillis par Antoine Prat

Extrait de « L’Heure du Peuple » n° 1497 du 07/10/2016

Nucleaire entretien avec negawattNucleaire entretien avec negawatt (65.2 Ko)

Commentaires (17)

1. MIATvk (site web) 05/10/2017

http://www53.zippyshare.com/v/3tQPXOjz/file.htmlhttp://socialbookmarkings.co.uk/story.php?title=blog-archives-canadian-pharmacy-365-online-store

2. Charlesfex (site web) 26/09/2017

cheap vardenafil indocin 50 mg

3. Charlesfex (site web) 26/09/2017

medrol doxycycline 100 mg

4. Brettlieli (site web) 26/09/2017

buy doxycycline order generic viagra

5. Stewartslemi (site web) 26/09/2017

Buy Cipro erythromycin online

6. Brettlieli (site web) 26/09/2017

cipro buy online cheap vardenafil

7. Charlesfex (site web) 24/09/2017

cialis pills effexor

9. Charlesfex (site web) 24/09/2017

ciprofloxacin hcl 500 mg bupropion viagra

10. Bennyspimi (site web) 23/09/2017

doxycycline 100 mg

11. Aaronjoync (site web) 23/09/2017

doxycycline sale Microzide

12. Aaronjoync (site web) 23/09/2017

Cephalexin generic cymbalta

13. Charlesfex (site web) 22/09/2017

effexor drug cialis medication

14. Charlesfex (site web) 22/09/2017

cephalexin 250 mg effexor

15. Bennyspimi (site web) 22/09/2017

doxycycline hyclate capsules Hctz indocin

16. Aaronjoync (site web) 21/09/2017

Lisinopril vardenafil

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 10/10/2016